Je n’écrirai probablement plus d’autre livre. Le “probablement” n’est là que pour me ménager la très hypothétique possibilité de me contredire un jour. Mais ma décision est prise : aujourd’hui, j’arrête.
J’imagine que, sans ma prose, le monde continuera de tourner quand même. C’est assez vexant, mais il serait encore plus vaniteux de croire que j’ai un message à lui délivrer. De ce côté-là, la question ne se pose même pas.
Ai-je besoin de justifier mon choix ? Non. De l’expliquer ? Oui. Alors, en voici les diverses raisons.
La retraite, qui était le but de ma vie et que j’ai brillamment atteinte, c’est pour se reposer, pas pour continuer sous une autre forme ce qu’on a fait durant quatre décennies. C’est drôlement chouette de prendre le temps de flâner au marché, de cuisiner tranquillement un bon petit plat pour sa chérie, d’aller jouer aux fléchettes avec les copains, le tout sans se soucier de ce qu’on va pouvoir écrire dans le prochain chapitre de ce fichu manuscrit qui n’avance pas. Avoir l’esprit libre, ça n’a pas de prix.
Prouver que j’étais capable de produire un roman, des chroniques historiques, un beau livre sur ma coupable passion pour le sport automobile ou bien encore un texte sélectionné par des étudiants de la Sorbonne, c’était un défi que j’avais besoin de réaliser. Après un parcours scolaire en chute libre, un échec au bac, l’absence d’études supérieures et l’inévitable comparaison avec un frère aîné professeur de français, ce n’était pas gagné. L’objectif est atteint. Merci Sigmund, maintenant, vous pouvez disposer. Je me passerai du Goncourt et du Nobel de littérature.
Plus terre-à-terre, il y a aussi les relations peu motivantes avec certains éditeurs, tel celui qui m’a suggéré le thème d’un second roman, sur lequel je travaillais depuis quelques mois lorsque, sans crier gare, je l’ai vu publié par un autre auteur. C’est aussi mesquin que de n’avoir versé ni à-valoir, ni droits d’auteur un an après la sortie d’un bouquin. Certes, à l’exception de ceux qui passent à la télé, personne n’écrit pour l’argent. Quand vous touchez à peine 2 euros sur un livre vendu 44 euros en librairie, il n’y a même pas de quoi louer une Ferrari pour faire comme si. Bref, l’argument financier ne tient pas non plus.
Enfin, la généralisation de l’intelligence artificielle permet à chacun de produire un texte moyen en tous points. L’invasion est telle qu’on ne peut plus utiliser des quadratins dans un manuscrit sans être automatiquement soupçonné de l’avoir fait écrire par une IA. La typographie suspecte est devenue plus importante que l’originalité d’un style ou d’un thème, originalité dont est parfaitement incapable un algorithme.
Ne voyez aucune d'amertume dans ces propos. Ces lignes annoncent ma liberté retrouvée de ne plus avoir à me soucier de produire des textes, de rassurer mon ego ni d'attendre un retour bienveillant des professionnels.
Mes manuscrits sont restés en plan depuis déjà huit mois. Cette année, je n’ai produit que quelques très courts récits destinés à des concours de nouvelles ; ils n’ont pas séduit les jurés. Peut-être vous les livrerai-je ici, histoire qu’ils ne dorment pas sans fin au fond d’un disque dur, parmi les textes inachevés.
Car il reste une activité tout aussi satisfaisante qu’écrire ; c’est lire. Pour ouvrir un livre, c’est facile, il suffit d’éteindre les écrans. Je m’y emploie activement.
Je vous souhaite une bonne rentrée de lecture.
À Royan, le 1ᵉʳ septembre 2026
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Thierry Collard a effectué toute sa carrière professionnelle au sein de la presse quotidienne régionale, dans sa région natale (Loire Matin, groupe Dauphiné Libéré) puis en Charente-Maritime (Sud Ouest), notamment comme journaliste et chef de desk.
Il a consacré les premières années de sa retraite à l'écriture de livres, assouvissant ainsi sa passion pour l'histoire locale, lorsque le département se nommait encore Charente-Inférieure, ainsi que pour l'histoire du sport automobile.
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1961 : naissance dans la banlieue minière de Saint-Étienne.
1980 à 1983 : correspondant à « Loire Matin » (groupe « Dauphiné Libéré ») dans la vallée de l'Ondaine.
1984 à 2021 : correspondant puis journaliste à « Sud Ouest » en Charente-Maritime.
2022 : retraité (youpi !) en Charente-Maritime.
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