Nouvelles

Dépouillement

et autres nouvelles

J’ai reçu une lettre de la mairie. Je n’en attendais pas. Je n’ai effectué aucune démarche administrative. Elle porte le cachet du service de l’état civil. Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Je sais que je dois renouveler mon passeport à la fin de l’année, peut-être qu’on me sollicite pour ça.

« Monsieur Badino Tuzzi (c’est moi !), vous avez été tiré au sort sur les listes électorales pour faire partie des scrutateurs de votre bureau de vote, lors des prochaines élections… »

Ainsi débute la mésaventure du héros de « Dépouillement », texte récompensé par le premier prix au concours de nouvelles organisé par les médiathèques de la Ville de Saintes en 2019.

Suivent d’autres textes à l’humour parfois grinçant.

Trois micronouvelles inédites

Contrainte d'écriture : maxi 600 signes, titre et espaces compris

Hors du nid

Un jour, va donc savoir pourquoi, un piaf — pinson, rossignol ou coucou — pond hors du nid, loin du bois.

Puis il part plus loin, chassant un taon ou un bourdon. Confiant, il croit au dicton affirmant : « Qui pondit lundi, mardi couva ».

Las, plus tard, tout a disparu. Au vol ! Un goupil passant par là croqua-t-il l’appât ? Un humain cuisina-t-il un plat goûtu ? Un gamin croyant voir du chocolat goba-t-il ça ? Ou un sol trop mou noya-t-il tout ?

Quoi qu’il arrivât, il n’y a plus d’E.

Champ de bataille

La plaine qui, au matin, séparait les deux armées impeccablement rangées, n’était plus désormais qu’un champ de bataille où chacun tentait plus ou moins habilement de gagner l’avantage. La cavalerie sautait en tous sens, menaçant qui s’aventurait hors de la protection des siens.

Je m’étais placé sous la garde du commandant De La Tour qui barrait le passage à l’ennemi. Las, mon protecteur avait négligé sa propre sécurité. Je le vis tomber, renversé par un ennemi traversant comme un fou le champ de bataille.

En deux temps, trois mouvements, je fus encerclé. Échec et mat.

Introuvable

Derrière moi, la file d’attente s’allongeait. Je déclinai une fois de plus nom, prénom et date de naissance. Tournant en vain les pages de son registre, le vieillard devint tout rouge, frappa du pied et jura : « Nom de Dieu de nom de Dieu ! » Tout trembla dans un grondement sourd, pareil à celui d’un orage.

« C’est pas Dieu possible un tel bordel, grogna-t-il. Le Patron a encore mal rangé ses affaires. »

Un type qui s’impatientait se fit rembarrer par le vieillard : « Vous, si vous z’êtes pas content, le Purgatoire c’est juste à côté et pour l’Enfer, z’avez qu’à descendre l’escalier ! »