On n’échappe pas à son destin

[1983-1984] Quand je quitte la Loire pour la Charente-Maritime, à 22 ans, j’abandonne un métier qui m’a occupé durant près de quatre ans mais que je n’imagine pas retrouver ailleurs, faute de diplôme. 

Et puis, avant de rechercher du travail, il faut d’abord faire le service militaire ! J’ai repoussé l’appel autant que possible, mais me voilà convoqué au 519e régiment du train, à La Rochelle. J’y apprends qu’on peut survivre avec des cheveux coupés très courts, que “Le Pluriel” chanté par Brassens a ici tout son sens, que rien ne pourra me donner goût aux armes, à marcher au pas et à obéir aux ordres. 

Mais la chance est encore avec moi. À l’hôpital militaire de Rochefort, un médecin examine avec bienveillance le très ancien problème aux genoux que j'invoque. “Non, tu n’as certainement plus mal aux genoux maintenant, conclut-il. Mais si tu veux être réformé, c’est toi qui décides. Tu me dis.” Ainsi fais-je ma valise sans demander mon reste, après 12 jours sous les drapeaux !

Et me voilà à Saint-Jean-d’Angély, prêt à prendre le premier boulot venu. Je me présente dans un supermarché de la ville. Le type qui me reçoit me tient en substance ce discours : “On peut te donner ta chance. Mais, pour ça, il ne faut pas être fainéant. Ici, on ne connaît pas les 39 heures, le SMIC, les heures sup’ et toutes ces conneries qui empêchent de bosser. En revanche, il y a du travail et de l’argent pour ceux qui se lèvent tôt et qui se couchent tard. Très vite, tu peux devenir chef de rayon et diriger les autres. Tu as fait quoi avant ? Correspondant de presse, vraiment ? Tu sais que le correspondant du journal à Saint-Jean est mort la semaine dernière ?...”

Je remercie le type du supermarché et je cours frapper à la porte de “Sud Ouest” !

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