Les lecteurs ont la parole

Bien avant Internet et ses commentaires en ligne phagocytés par les rageux, l’accueil d’un journal a toujours attiré les lecteurs qui ont un avis à donner. Si la critique constructive est acceptée et les rectificatifs publiés dès lors qu’ils sont justifiés, quelques appels ou courriers étranges furent plus surprenants.

À Saint-Jean-d’Angély, plus d’une fois mon téléphone a sonné et j’ai entendu cette voix embrumée : “Allô le Sud Ouest ?... Je vous appelle mais je ne vous dis pas qui je suis, ça n’a pas d’importance... Je suis le curé de Vieuxbourg-le-Manant (*) et je veux vous dire que ça ne va pas du tout votre journal… Vous commencez avec les pages 1, 2, 3, 4, etc. Et puis après, on trouve les pages A, B, C, D et ainsi de suite. Et encore plus loin, il y a les pages 13, 14, 15, 16 et comme ça jusqu’à la fin. Alors, mes paroissiens ne s’y retrouvent pas, vous comprenez… Bon, n’en parlez à personne… Je ne vous dis pas qui je suis… C’est pas grave, je suis le curé de Vieuxbourg-le-Manant… Au revoir.” Dans son village, il était surnommé le Père Martini.

Dans mes archives, j’ai conservé le courrier du président d’une association angérienne. Extraits, avec l’orthographe d’origine : “Il y a un rectificatif a faire pour ce qui est du texte du dessous de la photo. Je suis surpris de ne pas trouver le texte tel comme je vous l’est fais parvenir mais par contre la 2ème photo avec les coupes je la cherche encore.” (...) “Il fallait lire dessous : remise du prix offert par Marie Jo Coiffure St Julien de l’escap.” (...) “J’espere que ce rectificatif sera fais afin de pouvoir tout remetre en ordre ainsi que les remerciements des sponsors.” Dois-je préciser que, cette fois-là, je n’ai rien rectifié ?

J’avais beaucoup de mal à conserver mon sérieux avec ce cadre qui, croyant que j’allais publier ses textes in extenso, me concoctait des communiqués syndicaux longs comme un jour sans pain et me les remettait obséquieusement en insistant : “Je vous ai conconné ça, regardez. C’est le texte que je vous ai conconné.”

À Saintes, j’ai toujours lu avec délice les courriers de ce gars pas méchant qui écrit périodiquement au président de la République et nous met en copie. Dernièrement, il sollicitait le maire et le député : “Je viens vers vous pour vous demander un rendez vous dans vos cabinets.” Précédemment, il transmettait un dossier au “pôle social dénonciation des contrat et crédit déconpte et assurance et diffamatoire” du tribunal administratif. Il a enfin trouvé une solution à la crise sanitaire actuelle ; dans un “appel à la non violence et la non destruction, rassemblement pour travailler sur le terrain”, il “demande une assemblée générale des partenaires sociaux pour obtenir une prime de 650 € aux personnes qui sont dans un état critique, ce qui pourrait endiguer cette crise”.

(*) Le nom du village a été modifié

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