Les Compagnons de la chanson

02.06.1965. La nuit de Légion et Musique. (1965) - 53Fi2440

[1er janvier 1980] Sorti du lycée quelques mois plus tôt, cheveux longs et jeans pattes d’eph’, je tente ma chance à “Loire Matin”. L’agence de Firminy abritait jusqu’à la veille une seule rédaction, qui réalisait des pages communes aux éditions locales du “Dauphiné Libéré” et du “Progrès de Lyon”. Les titres ont divorcé et, temporairement, deux rédactions concurrentes partagent le local. 

L’ancien chef d’agence, vieux briscard à l’air roublard, prend le bureau dévolu au “Progrès”, avec son pigiste au nez rouge et piqué comme une fraise trop mûre. Je m’installe avec son ancienne adjointe, promue chef d’agence de “Loire Matin”, dans l’autre bureau. La salle du fond, avec le frigo toujours rempli, reste commune et, le soir, on boit ensemble un verre quasiment obligatoire. 

On se promet de ne pas écouter aux portes ni de chercher à piquer les sujets du concurrent mais, très vite, la méfiance s’installe, voire une forme de paranoïa. Sous prétexte que les journaux livrés sont adressés à “M. le chef d’agence”, le vieux journaliste du “Progrès” se les accapare et refuse de les partager. Les tiroirs sont soigneusement fermés à clé, puis les rendez-vous et même certains coups de fils se font au bistrot voisin, qui devient vite l’annexe officielle de l’agence.

Pour mon premier papier, ma cheffe me demande d’annoncer le prochain concert des Compagnons de la chanson. Pas vraiment ma tasse de thé, moi qui écoute surtout les Beatles et les Pink Floyd. Et je l’écris, comme un billet d’humeur moquant un peu la ringardise du groupe attendu.

Lorsque je sors ma feuille de la machine à écrire pour la faire relire à ma cheffe, elle fait une drôle de tête. “Heu, hésite-t-elle, tu sais qu’on a des lecteurs un peu âgés et qu’ils peuvent aimer les Compagnons de la chanson ? Mais, après tout, si c’est comme ça que tu vois leur concert, pourquoi pas.”

Je dois à cette réaction bienveillante d’avoir compris quelle liberté de parole offre ce métier et de m’être toujours senti autorisé à faire un pas de côté pour traiter à ma manière tous les sujets qui se présentaient ou que je pouvais proposer. Merci à cette consœur de m’avoir ouvert la porte à plus de 40 ans de plaisir au travail.

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