Dans la loge de Léo Ferré

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[1980 ou 1981] Léo Ferré vient de donner un tour de chant à la Maison de la culture de Firminy. Ma cheffe d’agence et moi demandons si nous pouvons le voir dans sa loge. Elle fera l’interview et moi les photos. Il nous reçoit très naturellement. Il est en sueur mais exalté comme en scène. Grands gestes, verbe riche, regard perçant planté droit dans vos yeux. Il s’approche, cligne nerveusement ses paupières, pointe un doigt sur moi et dit quelque chose comme : “Toi, tu vois, la vie c’est… La vie, c’est grand, tu sais !” Le personnage est fascinant, possédé par ses idées que j’ai le plus grand mal à suivre.

Je ne crois pas avoir fait d’autres rencontres plus marquantes que celle de Léo Ferré, non pas pour son art mais pour l’intensité du bonhomme, son aura aveuglante. Peu des quelques célébrités que j’ai pu rencontrer m’ont impressionné durant ma carrière, et certainement pas des politiciens tel ce ministre haut comme trois pommes mais à l’égo aussi démesuré que sa langue de bois. Je fais une exception pour Noël Mamère, croisé en co-auteur de théâtre et non en politique, parfaitement accessible.

Mes plus belles rencontres, je les dois à des anonymes, des personnes interviewées qui n’étaient pas destinées à figurer dans les journaux et que le hasard a mises sur ma route. J’ai oublié son nom, mais je me souviens par exemple d’un vieux paysan qui m’avait reçu dans sa maison des plus rustiques, sur les hauteurs de Mazeray, dont la lecture du journal était probablement la seule ouverture sur l’écrit, mais qui parlait avec une poésie spontanée des paysages vallonnés qu’il avait sous les yeux. La vie est chez les gens simples, pas chez les vedettes.

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