C’est qui le type derrière le journaliste ?

[9 octobre 1988] Saint-Jean-d’Angély vit une journée très particulière. Le président Mitterrand vient inaugurer l’abbaye royale, récemment restaurée pour accueillir une belle et vaste médiathèque et un centre de culture européenne.

Il faut dire qu’auparavant, la bibliothèque municipale avait des allures - charmantes mais peu pratiques - d’antre du XIXe siècle. La vieille maison qui l’abritait, au pied des Tours, avait ses murs couverts jusqu’au plafond de livres anciens aux couvertures passées avec le temps et sans doute un peu poussiéreuses. L’enregistrement des emprunts s’effectuait sur de petites fiches bristol que les bibliothécaires remplissaient minutieusement à la main. Une ambiance charmante mais désuète.
Dans les nouveaux locaux inaugurés à l’abbaye royale, on parle de médiathèque. C’est une grande nouveauté car, outre les livres, on peut aussi emprunter de la musique - sur les premiers CD - et, si ma mémoire est bonne, des films - sur cassettes VHS.

L’autre grande nouveauté est l’informatisation du prêt. Tous les ouvrages sont munis d’une référence unique et il suffit aux bibliothécaires de saisir cette série de chiffres pour enregistrer l’emprunt sur votre compte. C’est quasiment magique.

L’édifice est beau, le mobilier fonctionnel, le cortège officiel déambule lentement au hasard des allées, se disperse, s’égare. Personnellement, je choisis de monter à l’étage, pour visiter les nouveaux rayonnages et disposer d’une vue plongeante pour mieux photographier la foule des invités. Avant de redescendre l’escalier, je m’attarde à faire des clichés, même si je ne parviens pas à voir où se trouve le président.

Je déclenche l’appareil plusieurs fois puis je scrute les officiels à mes pieds. Tiens, c’est étrange, ils me regardent tous fixement. C’est un peu gênant, je n’ai pas l’habitude d’être en vedette. Je souris et je salue une ou deux personnes que je repère dans la foule. C’est mon petit instant de gloire.

Et puis, je finis par sentir une main qui me pousse légèrement l’épaule, comme pour me faire signe d’avancer. Je réalise alors que je bouche le passage. Je me retourne et je vois un garde du corps du président qui me fait signe de descendre au plus vite cet escalier. Derrière lui, François Mitterrand patiente en saluant des connaissances parmi la foule, à nos pieds.

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