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Affichage des articles du décembre, 2020

Le bonnannéemomètre (selon la recette du sardinosaure)

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Le bonnannéemomètre Devint zinzin Quand vint l'an vingt Cassé, peut-être Seul un virus Eut la santé Restau, bistrot, ciné Furent mortibus Faut bidouiller Pour réparer Ce drôle d'engin Qu'il déconne pas Encore une fois En vingt et un

Le jour où je n’ai rien eu à publier

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[28 juin 2013] Depuis le lancement du site d’information en ligne www.sudouest.fr , la rédaction fournit aussi bien le papier que le web. Le desk rochelais a également évolué en ce sens, dédiant un secrétaire de rédaction à la mise en ligne des sujets du département. En ce début d’été 2013, on y passe à tour de rôle. Le 28 juin, c’est mon tour. Arrivant au travail à vélo, après la pause déjeuner, je vois une monstrueuse fumée qui s’élève soudain au-dessus du centre-ville. À peine le temps d’allumer mon poste de travail qu’une alerte de l’AFP est déjà tombée, annonçant un incendie à l’hôtel de ville de La Rochelle. Inutile que je la mette en ligne, des collègues bordelais qui étaient en poste durant ma pause l’ont immédiatement publiée sur notre site. Les agences de presse s’affolent, les chaînes d’info en continu prennent le direct, toute l’actualité nationale se concentre sur l’incendie rochelais, tous les confrères rochelais et bordelais sont sur le coup. Grâce aux merveilles de la t

Au desk, journaliste sans écrire

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Sans écrire, mais pas sans rire ! [2000-2017] Un reporter, un rédacteur, c’est de toute évidence un journaliste. Certains l’ignorent, mais un photographe est également journaliste ; au même titre qu’un texte, ses images apportent une information au lecteur. Idem pour les journalistes reporters d'images (JRI) qui tournent des vidéos.  Nettement moins connu, le secrétaire de rédaction (SR) a tout autant droit à sa carte de presse. Lui, au desk, ne produit ni textes ni images, mais des pages. Comme ses collègues, il donne du sens à la matière brute en triant, hiérarchisant, titrant, illustrant, enrichissant et corrigeant la copie de ses collègues de terrain. On lui doit souvent la réécriture de la titraille dictée par des contraintes d’encombrement, le positionnement d’un papier plutôt qu’un autre en tête de page, le choix d’une photo principale parmi toutes celles prises lors d’un reportage. Il doit aussi veiller à réparer les étourderies de ses collègues qui peuvent occasionnellemen

Ambiance fin de siècle à Royan

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[1999] Je finis le XXe siècle à l’agence de Royan. C’est la seule ville où l’on m’a muté en me forçant un peu la main, clause de mobilité oblige. “Tu comprends, Thierry, on a vraiment besoin de toi là-bas, on te demande ça comme un service”, m’a-t-on dit. “OK, j’ai répondu, mais très temporairement, juste pour un an.” “Bien sûr, Thierry, bien sûr”, m’a-t-on promis. C’était à la rentrée 1997. Fin 1999, j’y suis encore. Parmi les sujets traités ici, une analyse de la démographie locale qui met en évidence un déficit des jeunes générations et une sur-représentation des retraités très aisés. Avec la complicité d’un secrétaire de rédaction, je titre “Voir Royan et mourir”. C’est là que nous sommes dotés des premiers appareils photo numériques. Je découvre celui de l’agence le week-end du rallye tout-terrain Dunes et Marais. Coup de bol, je me place à l’intérieur d’un virage rapide, bordé par un champ de maïs, que certaines voitures abordent un peu trop vite. Je suis plutôt satisfait du résu

Les lecteurs ont la parole

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Bien avant Internet et ses commentaires en ligne phagocytés par les rageux, l’accueil d’un journal a toujours attiré les lecteurs qui ont un avis à donner. Si la critique constructive est acceptée et les rectificatifs publiés dès lors qu’ils sont justifiés, quelques appels ou courriers étranges furent plus surprenants. À Saint-Jean-d’Angély, plus d’une fois mon téléphone a sonné et j’ai entendu cette voix embrumée : “Allô le Sud Ouest ?... Je vous appelle mais je ne vous dis pas qui je suis, ça n’a pas d’importance... Je suis le curé de Vieuxbourg-le-Manant (*) et je veux vous dire que ça ne va pas du tout votre journal… Vous commencez avec les pages 1, 2, 3, 4, etc. Et puis après, on trouve les pages A, B, C, D et ainsi de suite. Et encore plus loin, il y a les pages 13, 14, 15, 16 et comme ça jusqu’à la fin. Alors, mes paroissiens ne s’y retrouvent pas, vous comprenez… Bon, n’en parlez à personne… Je ne vous dis pas qui je suis… C’est pas grave, je suis le curé de Vieuxbourg-le-Manan

Mauvaises nouvelles

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J’ai toujours préféré l’actualité souriante à celle qui angoisse, question de caractère. Néanmoins, le boulot de journaliste est ainsi fait qu’on ne peut pas faire l’impasse sur les drames. Pardon de plomber l’ambiance, mais il faut aussi évoquer ces faits divers qui ont constitué la face sombre de ma carrière. Le premier à me marquer fut un accident de la circulation, à l’entrée de Firminy. Arrivé sur place, j’ai dû fendre la foule compacte des curieux pour parvenir à réaliser une photo des voitures endommagées, une fois les blessés évacués. Là, j’ai entendu un type dire : “Tiens, voilà les rapaces !” Je n’ai pas eu la répartie, mais le collègue du “Progrès” qui se trouvait également là lui a balancé : “Et toi, tu fais quoi ici ? Tu crois qu’on est là pour le plaisir ? On ne serait pas là s’il n’y avait pas des gens comme toi pour acheter le journal avec ces photos.” Il ne s’agissait là que de blessés, mais la confrontation à la mort est bien pire à supporter. Je n’oublierai pas la co

Comme un curé qui boit du thé

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[Entre 1984 et 1991] Je le trouvais bien sympathique, ce moustachu à l’accent gascon qui exploitait le cinéma Éden à Saint-Jean-d’Angély. Passionné par son métier, il se désolait de voir chuter d’année en année la fréquentation des salles obscures, concurrencées par Canal Plus et les nouvelles chaînes de télévision. Au mépris de ses intérêts, il offrait généreusement des places gratuites à tous les gens qu’il connaissait en ville. Et il connaissait quasiment toute la ville ! Pour ramener du monde à l’Éden, notre homme misait aussi sur les nouveaux canaux de diffusion, notamment les retransmissions par satellite de concerts ou d’événements sportifs. Sur le grand écran, j’ai ainsi vu avec bonheur Simon et Garfunkel chanter dans Central Park. Pas peu fier de programmer ainsi des groupes très modernes, il me téléphona un beau jour pour annoncer sa prochaine diffusion : “C’est un groupe anglais, on m’a dit qu’ils étaient très très bien. Moi, je ne connais pas trop les chanteurs d’aujourd’

C’est qui le type derrière le journaliste ?

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[9 octobre 1988] Saint-Jean-d’Angély vit une journée très particulière. Le président Mitterrand vient inaugurer l’abbaye royale, récemment restaurée pour accueillir une belle et vaste médiathèque et un centre de culture européenne. Il faut dire qu’auparavant, la bibliothèque municipale avait des allures - charmantes mais peu pratiques - d’antre du XIXe siècle. La vieille maison qui l’abritait, au pied des Tours, avait ses murs couverts jusqu’au plafond de livres anciens aux couvertures passées avec le temps et sans doute un peu poussiéreuses. L’enregistrement des emprunts s’effectuait sur de petites fiches bristol que les bibliothécaires remplissaient minutieusement à la main. Une ambiance charmante mais désuète. Dans les nouveaux locaux inaugurés à l’abbaye royale, on parle de médiathèque. C’est une grande nouveauté car, outre les livres, on peut aussi emprunter de la musique - sur les premiers CD - et, si ma mémoire est bonne, des films - sur cassettes VHS. L’autre grande nouveauté

Naissance d'une rubrique

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En 1989 avec Jean-François Lemoîne, PDG de "Sud Ouest" [1984-1991] A “Sud Ouest” comme à “Loire Matin”, quand on ne sort pas d’une école de journalisme, on entre par la petite porte. Faire mes preuves m’a pris sept ans à Saint-Jean-d’Angély, puis trois ans à Jonzac.  Avant d’obtenir la fameuse carte de presse, je me suis accroché à un curieux statut qui, heureusement, n’existe plus à “Sud Ouest” depuis longtemps. J’ai été embauché, officiellement le 1er mars 1984, directement en CDI, ce qui était inespéré. Cependant, les conditions étaient surprenantes : j’étais censé consacrer les deux tiers de mon temps à la rédaction et un tiers à… la publicité ! Inutile de dire qu’avec mon non-sens du commerce, je me contentais de mes deux tiers de SMIC, ne démarchant les commerçants angériens qu’à l’occasion de la Fête des mères et de Noël. Durant mes premières semaines de correspondance, la rubrique de Saint-Jean-d’Angély se faisait toute petite, reléguée en pied de la page de Saintes.

On n’échappe pas à son destin

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[1983-1984] Quand je quitte la Loire pour la Charente-Maritime, à 22 ans, j’abandonne un métier qui m’a occupé durant près de quatre ans mais que je n’imagine pas retrouver ailleurs, faute de diplôme.  Et puis, avant de rechercher du travail, il faut d’abord faire le service militaire ! J’ai repoussé l’appel autant que possible, mais me voilà convoqué au 519e régiment du train, à La Rochelle. J’y apprends qu’on peut survivre avec des cheveux coupés très courts, que “Le Pluriel” chanté par Brassens a ici tout son sens, que rien ne pourra me donner goût aux armes, à marcher au pas et à obéir aux ordres.  Mais la chance est encore avec moi. À l’hôpital militaire de Rochefort, un médecin examine avec bienveillance le très ancien problème aux genoux que j'invoque. “Non, tu n’as certainement plus mal aux genoux maintenant, conclut-il. Mais si tu veux être réformé, c’est toi qui décides. Tu me dis.” Ainsi fais-je ma valise sans demander mon reste, après 12 jours sous les drapeaux ! Et me

Sur la foire, sur le vif

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Outre le texte, la photo constitue un important élément d'information. En voici deux qui se passent de commentaires pour raconter l'ambiance sur la foire de Firminy au début des années 1980. 

Un journal sans coquille ne serait plus un journal

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Exercice : tentez de lire à haute voix l'article ci-dessus Aux lecteurs très pointilleux qui reprochent aux journalistes la moindre faute de frappe, je m'amusais à répondre qu'un journal sans coquille ne serait plus un journal ; ça fait partie de son charme et s'explique évidemment par la vitesse nécessaire au bouclage d'un nouveau numéro chaque jour. J'en ai tant vu passer en quatre décennies que j'ai réduit ma chasse aux coquilles les plus énormes. A "Loire Matin", chaque matin, ma lecture du journal s'effectuait avec ciseaux et feutre fluo. Sans replonger dans mes archives, je me souviens comme hier de la maison de retraite qui annonçait à son menu hebdomadaire du "rôti de vœuf" ou du récit d'un accident truffé de fautes (ci-contre). Petite déception, en 1984, à mon entrée à "Sud Ouest" où les erreurs étaient nettement moins nombreuses. Mais celles qui subsistaient n'en étaient que plus savoureuses. Ma favorite d

Signé Le Corbusier

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[De 1980 à 1983] La Maison de la culture de Firminy a été dessinée par Le Corbusier, tout comme le stade, la chapelle et l’unité d’habitation dont la silhouette de paquebot domine tout le quartier de Firminy-Vert.  J’ai débarqué dans le monde de la presse sans autre bagage culturel qu’un petit socle commun acquis jusqu’au lycée. J’étais brut de décoffrage. J’ai eu la chance de débuter dans une ville où la vie sociale et artistique était riche. J’y ai tant appris. Les opéras et grands théâtres aux impressionnantes colonnes grecques n’étaient pas pour moi. Leurs escaliers monumentaux paraissaient réservés à une élite bourgeoise et intellectuelle ; sans doute étaient-ils dessinés ainsi à cet effet.  Dans la Maison de la culture conçue par Le Corbusier, on entre de plain-pied dans un hall chaleureux, à dimension humaine, après avoir longé le terrain de foot du quartier où jouent les équipes de District. Les murs de béton brut, des salles offrant une incroyable proximité entre le public e

Dans la loge de Léo Ferré

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[1980 ou 1981] Léo Ferré vient de donner un tour de chant à la Maison de la culture de Firminy. Ma cheffe d’agence et moi demandons si nous pouvons le voir dans sa loge. Elle fera l’interview et moi les photos. Il nous reçoit très naturellement. Il est en sueur mais exalté comme en scène. Grands gestes, verbe riche, regard perçant planté droit dans vos yeux. Il s’approche, cligne nerveusement ses paupières, pointe un doigt sur moi et dit quelque chose comme : “Toi, tu vois, la vie c’est… La vie, c’est grand, tu sais !” Le personnage est fascinant, possédé par ses idées que j’ai le plus grand mal à suivre. Je ne crois pas avoir fait d’autres rencontres plus marquantes que celle de Léo Ferré, non pas pour son art mais pour l’intensité du bonhomme, son aura aveuglante. Peu des quelques célébrités que j’ai pu rencontrer m’ont impressionné durant ma carrière, et certainement pas des politiciens tel ce ministre haut comme trois pommes mais à l’égo aussi démesuré que sa langue de bois. Je f

Les Compagnons de la chanson

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[1er janvier 1980] Sorti du lycée quelques mois plus tôt, cheveux longs et jeans pattes d’eph’, je tente ma chance à “Loire Matin”. L’agence de Firminy abritait jusqu’à la veille une seule rédaction, qui réalisait des pages communes aux éditions locales du “Dauphiné Libéré” et du “Progrès de Lyon”. Les titres ont divorcé et, temporairement, deux rédactions concurrentes partagent le local.  L’ancien chef d’agence, vieux briscard à l’air roublard, prend le bureau dévolu au “Progrès”, avec son pigiste au nez rouge et piqué comme une fraise trop mûre. Je m’installe avec son ancienne adjointe, promue chef d’agence de “Loire Matin”, dans l’autre bureau. La salle du fond, avec le frigo toujours rempli, reste commune et, le soir, on boit ensemble un verre quasiment obligatoire.  On se promet de ne pas écouter aux portes ni de chercher à piquer les sujets du concurrent mais, très vite, la méfiance s’installe, voire une forme de paranoïa. Sous prétexte que les journaux livrés sont adressés à “M

14 934 journaux

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Le 1er janvier 1980, j’entrais à l’agence de “ Loire Matin ”, à Firminy. Le 31 décembre 2020, je vais quitter la rédaction de “ Sud Ouest ” et rendre ma clé de l’agence de Saintes. Des dates faciles à retenir pour une carrière de 41 ans dans la presse quotidienne régionale (PQR) qui m’aura comblé et dont je vais livrer ici quelques anecdotes ou souvenirs marquants.  Du 01/01/1980 au 31/12/2020, en comptant les 29 février des années bissextiles - mais en déduisant tous les 1er mai, car la Fête du travail est le seul jour de l’année sans parution imprimée (tradition qui n’existe pas sur Internet) - cela représente 14.934 journaux parus. Je n’ai pas tenu le compte des non-parutions dues à des mouvements sociaux.  Je n’atteindrai donc pas le cap des 15.000 canards, mais au diable les comptes ronds, les statistiques et les mathématiques. On me disait destiné aux études scientifiques et voilà que j’ai gagné ma vie - et pris plaisir - en maniant le français, matière dont le système scolaire n