dimanche 9 octobre 2011

Lettre à Jeanne d'Arc

Landru Rol3Chère Mme Jeanne d’Arc,

Depuis longtemps, je brûle de vous écrire mon admiration. Votre tempérament de feu et l’éclat de vos actions attisent mon imagination. Je ne souhaite rien tant que de rendre hommage à votre ardeur qui a fait naître une étincelle en moi. Oui, je me consume d’amour pour vous et j’ose enfin vous déclarer ma flamme. De grâce, ne me répondez pas “Qui trop embrase mal éteint” ! Mais je m’enflamme. Je retourne à mes fourneaux.

Chaleureusement vôtre,

Henri Désiré Landru

dimanche 8 mai 2011

L'olifan

Die Gartenlaube (1885) b 012Le Grand Charles nous menoyt sur icette voie au combat des Sarazins. D'aucuns en nostre caravane s'imaginoyent playsantes vacances en les montagnes pyrénéennes.

Robert le barde, qu'on disoit Bob, chantoit moult complaintes raillant Aragon et Castille, qu'il faisoit fort amusément rimer avec citron et vanille.

Johannes Claudius, qui lit la carte du monde dressée par Michelinus, prédisoit de promptes descentes de sur les montagnes enneygées, au moyen d'un arme qu'il tynt secreste mais que je savions fayte de deux plates planches liées à noz pieds.

Le chevalier Roland, dit Roro, resvoit de revenir artiste en son village de Roncesvales, pouryfaire en un cirque rire les enfants de son nez empourpré des meyeurs crus de l'empire, accompagné de ses écuyers Auguste et Eustache.

Las, notre saint empereur Carolus, tout Magnus qu'yl fust, s'y trouva fort laschement et traytreusement attaqué à rebrousse-croupion par des Sarazins point catholiques. Les nostres hommes furent lapidement de pierres assoméz.

Charles ne se mit point martel en tête et prit la poudre d'Espelette, faite de piments séchés et que l'on dysoit fort propice à la course, pour peu que nostre cavalerie put échapper au controsle antidopage.

Les crys de l'enfuite ne parvinrent toutefoys point à Roncesvales jusqu'aux oreilles d'Eustache, dont la trompe estoit bouchée, ce qui ne permit point au sieur Roland d'honorer la complainte du barde Bob, qui s'espoumonoit en un dernier souffle : « Il voulait jouer de l'olifan, fan fan fan fan »...

dimanche 20 février 2011

A nous les petites Angolaises

Angola (orthographic projection)
Lorsque nos débarquâmes de bon matin à l’aéroport de Luanda, les douaniers se montrèrent encore plus tatillons qu’on ne nous l’avait prédit. S’installer en Angola pour une mission humanitaire, qui plus est au nom d’une organisation non gouvernementale, n’est jamais perçu d’un très bon œil.

Avec une lenteur confinant à la provocation, les fonctionnaires de la douane appelaient individuellement chaque membre de notre groupe pour examiner scrupuleusement passeport, certificat de vaccinations, permis de séjour et les multiples paperasses nécessaires à notre entrée dans le pays. Le soleil descendait rapidement sur l’horizon lorsque le dernier d’entre nous fut appelé au guichet.

Je regardai nerveusement ma montre. A cette allure, nous allions manquer la parade militaire programmée le soir même, en notre honneur, devant notre ambassade. Je sentais venir l’incident diplomatique.

Lorsque notre dernier compagnon fut libéré par les douaniers, nous nous levâmes pour enfin quitter ce sinistre aéroport. Las, d’un geste vif, le fonctionnaire nous fit signe de patienter encore : «Maintenant, je dois appeler mon chef». Ma patience céda. Je commençai à protester vivement. Aussitôt, deux hommes en treillis surgirent, pointant ostensiblement leurs Kalachnikov dans ma direction.

Il me fallut bien me rasseoir et attendre la venue de l’officier. Celui-ci nous honora d’un salut militaire avant de nous déclarer : «Messieurs, vos papiers ne sont pas en règle. J’en suis désolé, mais nous ne sommes pas en mesure de vous accorder la nationalité angolaise.» Alors, j’ai dit : «On n’est pas là pour se faire Angolais, on est là pour voir le défilé !»